Danse, maman, danse.

Publié le par mahogany

Danse, maman, danse.

Enlève le sommeil encrassé dans le coin de mes yeux que je sois présentable à mon instituteur.

Papa travail déjà depuis de nombreuses heures.

Je surveillerai le feu qui fait frémir le lait dans notre vielle casserole déglinguée.

Vérifie que rien ne manque dans nos cartables trop lourds.

La coiffure de Pupuce est impeccable. Trop même. Son front d’ingénue est lustré par la vaseline que tu as mis dans ses cheveux capricieux pour ne pas qu’ils s’emmêlent.

Elle te sera reconnaissante, ma petite sœur.

Oui, ta petite fille, Mélissa, est tellement mignonne ! Ses joues rondelettes abritent précieusement un sourire à la dentition encore incomplète.

Le benjamin, Jean-Samuel dort encore dans ses couches énormes.

Comme il te ressemble, Comme il est beau quand il erre dans son sommeil.

A quoi peut bien rêver un bébé ?

La maison est en construction, nos vélos sont rouillés, une barrière de fortune délimite encore notre propriété, nos vêtement sont bon marché, mais quand je m’en vais et que je ne sens plus tes mains, maman, que je ne respire plus leur odeur d’eau de Javel, de lessive et ton souffle soucieux, je me sens vulnérable.

Alors je pédale ! Je pédale vite pour arriver à l’heure à mon pupitre. J’apprends machinalement, non pas pour m’en sortir dans la vie, oh non, mais pour que vous soyez fier. Et quand à 17h00, la cloche sonne ma délivrance, je pédale avec la même urgence. Et je rentre.

Papa est devant la télé. Il a effectué son labeur d’ombre et entretenu notre famille de ses absences nécessaires. Jour après jour.

Je retrouve les casseroles déglinguées et l’odeur de tes mains.

Tu vois maman,  nous sommes bientôt en 2012 et rien n’a changé. J’ai toujours 10 ans. Je vais toujours en cours avec Mr Péron. Nous sommes toujours tous les deux à  mon bureau et tu me fais toujours réciter les conjugaisons des verbes du troisième groupe.

Le temps nous a éloigné en kilomètres mais époussète mes souvenirs. 

Je ne suis jamais seul. Personne ne me manque jamais.

Je n’appartiens qu’à ces instants. 

Publié dans Introspections

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Nais' 18/07/2012 13:54

C'est un bien bel hommage à ce qui semble être une douce maman... Ce genre de texte redonne le sourire et met du baume au coeur

Katsuni 10/01/2012 01:01

Si le cordon ombilical est rompu très tot, il subsiste néanmoins comme un lien ectoplasmique invisible tout au long de notre existence.